RFC 9794 : un référentiel pour comprendre et gérer la transition post-quantique

RFC 9794 : un référentiel pour comprendre et gérer la transition post-quantique

Pourquoi une terminologie commune pour la cryptographie hybride est essentielle pour les équipes de cybersécurité.

Lorsqu'une crise cryptographique survient - une clé compromise, une faille dans un protocole ou une migration urgente - chaque minute compte. Le problème est qu'au sein des équipes réseau, PKI, SOC, fournisseurs et intégrateurs, des termes tels que "hybride", "certificat" ou "authentification" ont souvent des significations différentes. Les gens pensent être d'accord, mais ils décrivent en fait des réalités différentes - et peuvent finir par déployer des contrôles qui ne protègent pas ce qu'ils croient protéger.

Le RFC 9794 apporte précisément ce qui manque dans ces moments : un vocabulaire partagé et précis pour décrire comment combiner, pendant la transition post-quantique, les algorithmes classiques et post-quantiques dans les protocoles (TLS, IKEv2, X.509, etc.). C’est un socle pour rédiger des exigences claires, comparer des designs et vérifier que la sécurité réellement obtenue correspond bien à celle attendue.

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Pourquoi ce référentiel compte pour les équipes cybersécurité

Le RFC 9794 ne spécifie pas de nouveaux algorithmes ; il normalise la manière d’en parler. Ce cadre commun facilite :
- la compréhension entre fournisseurs, intégrateurs et SOC lors des migrations ;
- la comparaison des architectures ;
- la vérification des propriétés de sécurité réellement obtenues (confidentialité, authentification, interopérabilité).

Ce document s’inscrit dans la continuité des travaux du NIST américain, qui a sélectionné en 2024 les premiers algorithmes post-quantiques standardisés :

- ML-KEM (anciennement Kyber) pour l'échange de clés ;
- ML-DSA (anciennement Dilithium) et SLH-DSA (anciennement SPHINCS+) pour les signatures numériques.

Le RFC 9794 complète ces standards : le NIST définit les briques cryptographiques, l’IETF définit comment les utiliser et les nommer de façon cohérente dans les protocoles Internet (TLS, IKEv2, X.509, etc.).

Comprendre les régimes "hybrides" sans se perdre

Pendant la transition, il serait risqué de passer directement des algorithmes classiques aux algorithmes post-quantiques. Ces derniers, encore jeunes, doivent être éprouvés dans la durée. Les schémas dits hybrides PQ/T (Post-Quantum / Traditional) permettent de combiner les deux mondes : une session n’est compromise que si tous les composants le sont à la fois.

Il existe deux approches :
- Composite - on regroupe plusieurs clés ou signatures dans un seul objet ; le protocole (par exemple TLS) change peu.
- Non-composite - les algorithmes sont utilisés séparément, et le protocole gère explicitement plusieurs flux ou champs.
Les deux approches visent la même idée : assurer une continuité de service pendant la migration, tout en préparant un basculement complet vers le post-quantique.

PKI et certificats hybrides : principaux enseignements

Une PKI (Public Key Infrastructure) émet, vérifie et révoque les certificats servant à authentifier serveurs, utilisateurs et équipements. Dans un monde hybride, une chaîne de certificats peut contenir à la fois des clés classiques et post-quantiques.

Attention : disposer d’un certificat hybride ne garantit pas une authentification de bout en bout en mode hybride. Tout dépend de la manière dont la chaîne de confiance est signée (double signature, chaînes parallèles ou mixtes). C’est un point clé pour les équipes qui gèrent une autorité de certification interne (PKI d’entreprise) ou des infrastructures critiques.

Une menace bien réelle : les ordinateurs quantiques capables de casser la cryptographie actuelle

Le RFC 9794 utilise le terme CRQC (Cryptographically Relevant Quantum Computer) pour désigner un ordinateur quantique suffisamment puissant pour casser les algorithmes asymétriques actuels (RSA, ECDH, ECDSA).
Même si ces machines n’existent pas encore, leur arrivée future rend déjà vulnérables des données chiffrées aujourd’hui : un adversaire peut les stocker et les déchiffrer plus tard lorsque la puissance quantique sera disponible.

Les schémas hybrides constituent donc une mesure de précaution pendant cette décennie de transition.

Recommandations et calendrier de migration

Les autorités techniques comme le NCSC britannique et le NIST recommandent une migration planifiée et progressive, structurée autour de trois grandes étapes.

D’ici 2028, cartographier tous les usages cryptographiques et planifier la migration. Recenser les services reposant sur RSA/ECC, identifier les données à longue durée de vie et préparer la compatibilité avec la cryptographie post-quantique (PQC).

D’ici 2031, déployer les premiers schémas hybrides (TLS, IKEv2, PKI). Intégrer ML-KEM/ML-DSA et tester la cohabitation ainsi que les mécanismes de protection contre les rétro-négociations.

D’ici 2035, achever la migration vers la cryptographie post-quantique. Supprimer les dépendances à RSA/ECDSA et basculer les PKI et systèmes critiques vers la PQC.

Ce calendrier correspond au temps nécessaire pour que l’écosystème arrive à maturité : finalisation des standards, disponibilité de matériels compatibles (HSM, TPM, équipements IoT) et de logiciels stables, puis intégration par les fournisseurs. Après 2035, conserver des systèmes hybrides n’a plus d’intérêt : les algorithmes classiques n’apporteront aucune protection face à un ordinateur quantique capable de casser la cryptographie actuelle (CRQC), tout en augmentant la complexité opérationnelle et la surface d’attaque. L’hybride est donc une mesure transitoire, utile pour la cohabitation et les tests, pas un état final.

Source :
RFC 9794 - Terminology for Post-Quantum/Traditional Hybrid Schemes (IETF, juin 2025).
Disponible à l'adresse suivante : https://www.rfc-editor.org/rfc/rfc9794.html

 

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